Pourquoi le W3C va perdre le contrôle du web

Le 5 août 2012 par JB Boisseau

Alors certes, j’écris désormais très rarement dans ces pages. Mais là, je ne me vois pas rester sans réaction. En effet, la récente rupture entre le W3C et le WHATWG au sujet de HTML5 est un événement majeur pour le web. Or, les quelques billets que j’ai lus jusqu’à présent sur le sujet ne prennent pas tout le recul nécessaire à son analyse.

Pour avoir été de ceux qui ont suivi HTML5 bien avant que cela soit le « hype » qu’il est devenu depuis 2 ans (cf. cet article de 2007), voir le torchon brûler entre le W3C et le WHATWG a quelque chose de désolant… mais pourtant devenu aussi nécessaire qu’inévitable. Alors qui a raison et qui a tort dans cette histoire ? Quelles vont être les conséquences pour l’avenir de la norme et les possibilités offertes par les navigateurs ? Autant de questions qui valent la peine qu’on reprenne le sujet depuis le début.

1990-1996 : HMTL sans le W3C

On l’oublie souvent mais le HTML s’est développé dans ses jeunes années sans le W3C : sous l’impulsion du Tim Berners-Lee et du CERN (son employeur jusqu’en 1994) dans un premier temps et via l’IETF (dont la mission est le développement et la promotion des standard pour améliorer Internet) ensuite. Lorsque Berners-Lee quitte le CERN, il fonde le W3C au MIT avec l’aide de la commission européenne et de l’incontournable DARPA (l’armée américaine étant un peu la grand-mère d’Internet).

Néanmoins, en novembre 1995, c’est encore l’IETF qui publie la version 2.0 de HTML et qui maintiendra cette version jusqu’à la fermeture de son groupe de travail sur le sujet en 1996. En effet, le processus de standardisation prôné par l’IETF, faisant appel à un consensus trop large, ne lui permet plus d’avancer à un rythme raisonnable alors que la première guerre des navigateurs (IE vs Netscape) commence.

1996-2000 : Microsoft, Netscape et le W3C

La prise en main de la standardisation par le W3C va aboutir à un drôle de paradoxe : l’innovation n’aura jamais été aussi rapide sur le web, les normes aussi approximativement respectées… mais aussi nécessaires ! En effet, la guerre des navigateurs déclenche l’apparition de Javascript en décembre 1995 (qui sera standardisé par la suite par l’ECMA), mais aussi de nouvelles technologies (ActiveX utilisables au sein d’IE, VBScript, JSSS) et balises spécifiques (marquee et blink !).

Malgré cela, le W3C parvient à produire des normes (« recommandations » dans le langage W3C) à un rythme soutenu dans ses jeunes années :

– CSS 1.0 en décembre 1996 : une performance d’autant plus appréciable que le W3C partait quasiment d’une feuille blanche et qu’il a étouffé dans l’oeuf les tentatives propriétaires d’alors

– HTML 3.2 en janvier 1997… en y incluant notamment, les balises non-sémantiques (les affreuses b, i ou u pour faire de la mise en forme, faute de css) introduites par Netscape.

– HTML 4.0 en décembre 1997

– CSS 2.0 en mai 1998

– HTML 4.01 en décembre 1999, qui est toujours en 2012 la recommandation officielle du W3C pour HTML…

– XHTML 1.0 en janvier 2000

2000-2007 : stabilité ou immobilisme ?

Dans cette période archi-dominée par IE6, la notion de standard du web a un écho important dans la communauté libre qui tente de pousser Mozilla face à la domination sans partage de Microsoft. Pourtant dans l’intervalle, les 2 principaux groupes de travail du W3C tournent en rond, qu’il s’agisse du HTML ou de CSS (il y aura, fort heureusement, de belles avancées dans d’autres groupes de travail) : les nouvelles recommandations se limiteront à XHTML 1.1 en 2001 qui n’apportera cependant que des modifications très mineures. Cette absence d’évolution aura néanmoins une conséquence bénéfique en permettant aux éditeurs de navigateur de combler le retard assez important qui avait été accumulé dans le respect de la norme.

A cette époque, pour le W3C, le successeur d’HMTL 4.01 et de XHTML 1.1 sera XHTML 2.0 : un langage qui nettoiera définitivement HTML de ses errances passées et qui permettra d’aller vers un vrai web sémantique. Mais, les drafts (brouillons de la norme) s’enchaînent sans que l’on ne s’oriente vers un début de standard : de 2002 à 2008, ce sont pas moins de 8 drafts qui vont être publiés… sans suite ! Quant à CSS, on arrive à une situation incompréhensible où CSS 2.1 n’arrive pas à être validée (ça n’arrivera qu’en juin 2011, soit 13 ans d’attente pour une révision mineure…) et où CSS 3 est divisé en multiples modules qui évoluent à des rythmes très divers sans jamais atteindre le statut de recommandation (aujourd’hui 4 modules, sur plus de 50, ont ce statut).

2007-2012 : WHATWG et HTML5

Pendant que le W3C travaille sur des standards qui n’aboutissent pas, quelques éditeurs de navigateur web trépignent et voient d’un mauvais oeil les travaux du W3C sur le XHTML 2.0 pour au moins deux raisons :

– ça n’avance pas et la présence de certains lobbies (je pense à Microsoft par exemple) au W3C fait que ça avancera de toute façon difficilement quelque soient les propositions ou le mode de travail

– l’orientation de XHMTL 2.0 W3C est très web sémantique et pas du tout technique. Pour le W3C, le web n’a pas été initialement pensé pour faire des applications, mais des documents structurés reliés les uns aux autres… et peu importe que l’histoire de l’informatique ait fait du web la nouvelle plate-forme de référence pour le développement d’application !

En 2004, Opera et Mozilla donnent leur vision de ce que devrait proposer une norme web pouvant satisfaire les besoins des applications. Le groupe de travail sur les applications web vote contre (8 voix contre 14). 2 jours plus tard, Opera, Mozilla et Apple lancent le WHATWG. Google, en embauchant Ian Hickson, les rejoindra par la suite. Une invitation à participer aux débats sera également soumise à Chris Wilson de Microsoft qui la déclinera.

Le WHATWG construit alors une spécification particulièrement ambitieuse pour répondre aux objectifs formulés lors de cette fameuse réunion de 2004 : Web Application 1.0 qui deviendra HTML5. Si bien qu’en 2007, le WHATWG demande officiellement au W3C d’adopter leur travail en tant que brouillon de spécification. Quelques mois plus tard, le W3C craignant probablement de perdre la main sur « sa » norme et ne pouvant qu’admettre l’échec de XHTML 2.0 accepte la proposition : HTML5 est officiellement sur les rails…

Pendant 4 ans, la norme progresse à petits pas : un premier draft sort en 2008 mais l’étape « Last Call » (dernier appel à contributions) qui devait intervenir fin 2008 n’interviendra qu’en 2011. Le W3C vise alors le statut de recommandation pour 2014. Parallèlement, le W3C a découpé en petits morceaux des tas de nouveautés d’HTML5 pour en faire des groupes de travail distincts : géolocalisation, base de données embarquée, API de gestion des fichiers, API de dessin canvas… Une méthode censée accélérer le process de standardisation mais qui fut un échec dans le cas de CSS3.

2012 : le W3C perd la main

Durant ces nouveaux atermoiements, HTML5 a vu son adoption progresser de manière inattendue pour plusieurs raisons :

– les membres du WHATWG (c’est à dire les principaux navigateurs sauf IE) n’attendent pas pour rendre les fonctionnalités disponibles

– le web mobile encourage fortement à son adoption

– une communauté de développeurs s’enthousiasme pour ce mouvement et crée des outils (tels HTML5 shiv, Modernizr ou HTML5 boiler plate) pour encourager le basculement vers HTML5

Et pendant ce temps, Microsoft (avec IE) et le W3C (avec ses normes) courent après les apports des membres du WHATWG pour les intégrer plus ou moins vite à leurs propres productions… En avril 2012, on apprend ainsi que le Last Call de 2011 a suscité trop de problèmes et qu’il faudra un « Last Call 2 » pour avancer : le W3C parle alors d’un plan de stabilisation de HTML5 et d’introduire HTML.next pour traiter les aspects qui seront repoussés dans le cadre de ce plan.

Ces nouvelles hésitations finissent par lasser le WHATWG qui décide de prendre acte de la situation : le WHATWG avance donc avec sa norme de son côté (HTML living standard) et essaiera de soumettre ses évolutions au W3C afin que celui-ci les intègre à HTML5. Ian Hickson qui était à la fois éditeur des versions W3C et WHATWG de la norme se retire du W3C (et d’après certains de ses posts Google+, on peut voir qu’il en avait assez depuis quelques temps).

La seule question qui compte : que fera Microsoft ?

Les arguments de Ian Hickson emportent définitivement mon adhésion : une norme vivante (c’est bel et bien ce qu’est HTML5 depuis maintenant 7 ans) est plus adaptée au web qu’un standard figé. L’organisation du W3C, minée par les mêmes problèmes qu’a connu l’IETF en 1995-1996, et la position pour le moins ambiguë de Microsoft au sein de celui-ci tout au long de son histoire laissent aussi penser que le WHATWG est un meilleur lieu pour le développement de cette norme.

La seule question qui vaille est donc : sur quelle norme va travailler Microsoft ? Depuis le début, les architectes d’IE rejettent le WHATWG sous des prétextes assez fallacieux et il paraît peu probable qu’ils s’y joignent rapidement. Nul doute que dans un premier temps, Microsoft se targuera d’être du côté de la « vraie » norme, celle proposée par le W3C. Parallèlement, Opera, Google, Apple et Mozilla mettront en place de nouvelles fonctionnalités : les 3 premiers cités régnant en maîtres sur le mobile, on a du mal à imaginer qu’IE mobile ne cherche pas à s’aligner à terme… et qu’il en soit ensuite de même pour IE sur le desktop qui n’est désormais plus majoritaire.

Conclusions personnelles

– Ma référence en matière de HTML sera désormais le HTML living standard, parce que c’est une approche cohérente, qui dans les faits fonctionne, et parce que j’ai envie que le web avance vraiment.

– Pour mes projets web mobile et Phonegap : pas de problème d’IE en perspective.

– Pour mes autres projets, il faut déjà de toute façon gérer les retards d’IE sur le reste du monde, on continuera donc à s’adapter comme on le fait depuis de trop longues années. Heureusement, depuis la fin du support d’IE6, on sait que les pires choses ont une fin : IE finira donc pas rentrer dans le rang ou disparaîtra, le tout est de savoir quand !

HTML5 est-il prêt ?

Le 12 septembre 2011 par JB Boisseau

Alors que nous en parlons sur ce blog depuis 2007, HTML5 est devenu cette année une technologie incontournable dans les medias plus ou moins spécialisés. A juste titre ? Pas si sûr…

Où en est la norme ?

La période « Last Call » s’est terminée le 3 août. Cela signifie donc qu’on ne devrait plus voir de changements très importants dans la norme à l’avenir.

Quand cela sera-t-il terminé ?

La question, bien que légitime, n’a pas vraiment de sens ni d’importance dans le cas d’HTML5. D’un point de vue officiel, cela sera le cas quand 2 navigateurs supporteront 100% de la norme de manière interopérable… ce qui n’est, semble-t-il, jamais arrivé pour HTML 4 !

Quand pourrais-je m’en servir ?

Là encore, question légitime… mais sans véritable signification pour le moment ! Il ne faut pas considérer HTML5 comme un tout monolithique vers lequel il faudrait migrer du jour au lendemain, mais plus comme d’un ensemble de fonctionnalités dans lequel il est possible de piocher. La bonne question serait donc « telle fonctionnalité de HTML5 est-elle mûre pour telle utilisation ? ».

Comment savoir quelles fonctionnalités sont utilisables dès aujourd’hui ?

En testant les navigateurs cibles sur le site HTML5 Test  (il existe également des tableaux de comparaison mais c’est en général, moins à jour et moins sûr). Vous êtes en effet dépendant des navigateurs qu’utiliseront vos visiteurs… sachant que chaque navigateur supporte des fonctionnalités HTML5 différentes, ce n’est pas forcément simple.

Etant donné qu’IE8 ne supporte presque rien, autant faire une croix sur HTML5 pour le moment, non ?

C’est souvent vrai mais pas toujours. HTML5 peut vraiment valoir la peine dans certains cas…

Quand HTML5 vaut-il la peine d’être mis en place ?

  1. Quand vous développez un site pour Smartphone ou tablette : la plupart des navigateurs de ces plate-formes supporte un grand nombre de fonctionnalités.
  2. Quand vous travaillez sur une application où vous pouvez imposer un navigateur à vos utilisateurs (c’est par exemple parfois possible en contexte d’entreprise).
  3. Quand vous proposez une version alternative du site (ou de la portion de site) pour les navigateurs ne supportant pas les fonctionnalités HTML5 que vous utilisez.
  4. Pour faire de petits développements d’applications mobiles avec des frameworks tels que Phonegap : je parle bien là d’application à installer, pas de site mobile.

5 moyens de se débarrasser de la dette publique à l’épreuve des faits

Le 15 août 2011 par JB Boisseau

solidus

Il y a environ un an et demi paraissait dans ce blog un bref billet rappelant comment de manière historique les états règlent leur dettes. Alors que la crise généralisée de la dette publique est désormais une évidence pour tous, il est intéressant de voir comment ces leviers ont été utilisés jusqu’à présent.

1- L’inflation

L’inflation est une arme redoutable de réduction des dettes : pour faire simple, tout augmente (vos coûts mais aussi vos revenus) sauf le montant de vos dettes qui vous coûtent donc relativement moins cher. Ce fut l’arme employée (volontairement ?) en 1947 par les USA pour liquider l’énorme dette accumulée pendant la seconde guerre mondiale.
Jusqu’à présent, personne ne l’a franchement utilisée, du moins pas directement. Pour le moment, l’inflation est limitée parce que les coûts (matières premières) montent mais que les revenus ne suivent pas en proportion. Du coup, la consommation patine et la croissance trinque.

2-  La planche à billets

La planche à billets, c’est ce qu’on appelle techniquement « monétiser la dette » : soit grosso modo, imprimer des billets pour payer la dette des états. Après avoir déclaré pendant des mois que cela ne se ferait jamais, que c’était contraire à ses statuts, la Banque Centrale Européenne a cédé en mai 2010 et a commencé à racheter des titres de dettes certains pays (Irlande, Grèce puis Portugal, Espagne et Italie). Elle en remet une couche aujourd’hui. Les américains avaient eu recours à cette politique dès 2008 et ont continué tranquillement avec l’opération « QE2 » de la Fed…

3- La renégociation de la dette

Longtemps reniée par la plupart des décideurs politiques mondiaux, cette solution radicale fait de plus en plus parler d’elle : elle a commencé à être utilisé dans le cas grec de manière marginale… mais pourrait l’être à l’avenir de façon beaucoup plus massive comme le fit l’Argentine en 2004.

4- L’excédent budgétaire

Cela reste, de manière incompréhensible, l’outil de réduction de dettes privilégié par un grand nombre de chroniqueurs économiques. Dans un monde économique parfait, on pourrait les comprendre (le remboursement « normal » des dettes paraît en effet la solution la plus saine et la plus respectueuse des prêteurs), mais la dette de la plupart des états occidentaux a dépassé depuis longtemps les bornes rendant cette seule solution envisageable.

5- Le miracle

Nul doute que nous entrons dans une ère économique, politique et sociale agitée : bien des événements « non-conventionnels » peuvent y surgir. Guerres ? Nationalisations forcées ? Découvertes de ressources naturelles lucratives pour l’état ? Autant de choses susceptibles de changer la donner pour tel ou tel pays, mais qui ne sauraient constituer de solutions universelles.

Rappelons-nous par exemple des multiples astuces trouvées par Constantin pour financer l’empire romain en crise au IVème siècle : dévaluation monétaire, confiscation de la fortune d’ennemis politiques, réquisition des biens des temples, exploitation de nouvelles mines d’or, création de nouveaux impôts… une liste qui peut aujourd’hui faire sourire, mais pour combien de temps ?

Le web mobile en 2010 : l’inévitable croissance

Le 21 juin 2010 par JB Boisseau

On nous le promet depuis plus de 10 ans… et le voilà qui arrive enfin dans sa phase de décollage : le web mobile est devenu un vrai marché qui ne va cesser de se renforcer et nous allons décrire ici pourquoi.

Le web mobile semble d’une certaine manière connaître la même histoire que le web de nos vieux desktops avec 10 à 15 ans de retard. Ce n’est bien entendu pas un hasard. En effet, pour qu’un nouveau canal d’information se popularise, plusieurs conditions doivent être remplies :

1 – Construire l’information pour ce canal doit être simple mais souple

Une des raisons du succès de HTML dans les années 90 tient à sa simplicité : il suffit d’écrire un document et d’ajouter quelques balises ici et là pour préciser sa structure. Le protocole Gopher – qui a préexisté au web – avait cette simplicité qui en a fait un des canaux d’information de référence des universités américaines du début des années 90… mais sans avoir la souplesse du couple HTTP/HTML qui l’a rapidement supplanté.

Dès lors, plus il a été simple (et fonctionnel) de créer de l’information sur HTML, plus la domination du web s’est renforcée : avec des outils de création (Front Page, Dreamweaver), des langages de programmation simples (en particulier PHP), les systèmes de gestion de contenus et de manière générale tous les systèmes qui ont abouti au Read/write web d’aujourd’hui… un canal sur lequel, construire l’information est la portée de n’importe qui.

Après quelques années de tâtonnements, le web mobile est en passe d’acquérir cette même qualité. Aux premières années du web mobile qui ont vu s’affronter plusieurs normes (HDML, WML, CHTML puis iMode), le (X)HTML (avec d’éventuelles petites variantes comme le Basic XHTML ou le XHTML mobile profile) impose ses qualités à l’univers smart phone. De plus le parc client a évolué de telle manière (nous y reviendrons) qu’il n’est plus aujourd’hui nécessaire de multiplier les adaptations pour obtenir une site web mobile compatible avec la majorité des clients potentiels.

Donc on peut le dire : produire de l’information pour le web mobile est désormais simple et souple, presque autant que sur le web classique.

2- Le réseau doit être efficace et bon marché

La progression continue de l’usage du web est indissociable de celle des réseaux. Pourrait-on aujourd’hui imaginer qu’il nous faille payer nos connexions internet à la minute de consommation (tout en occupant la ligne téléphonique !) pour des débits misérables ?
C’est pourtant ce qui était demandé il y a encore peu de temps dans l’Internet mobile. Depuis l’arrivée – attendue de longue date – des réseaux 3G, le web mobile connaît la même évolution que le web lors du passage progressif du RTC : la navigation se fait plus fluide et l’on peut flâner en ligne sans trop se poser de question grâce à des forfaits Internet mobile « illimité » abordables.

3- Les systèmes clients doivent être standardisés et répandus

L’évolution du prix et de la qualité des systèmes client (des PC) comptent pour beaucoup dans la consécration du web en tant que média. Pour rappel, un PC de milieu de gamme de 1994 (équipé d’un bon Pentium à 70MHz… alors largement suffisant pour faire fonctionner Mosaic) coûtait autour de ce qui seraient 3000 de nos euros d’aujourd’hui… de quoi réfréner bien des envies de surf sur la toile. Entre temps, les prix ont baissé de manière suffisamment vertigineuse (18% par an en moyenne) pour qu’aujourd’hui  plus de 2 foyers français sur 3 soient équipés d’un ordinateur personnel.

Les smartphones connaissent une trajectoire similaire : le taux d’équipement progresse rapidement grâce à une évolution spectaculaire du rapport performances/prix. Tous les smartphones vendus aujourd’hui disposent d’autre part de navigateurs web suffisamment performants pour gérer des interfaces évoluées (XHTML, multimedia, javascript avancé), ce qui renforce notre point 1 (plus haut) et le point 4 ci-dessous.

4- L’accès à l’information doit être intuitif

La toute-puissance de l’HTML est de mettre l’information souhaitée à la portée d’un clic. Mais l’outil n’aurait sans doute pas eu le même succès sans l’amélioration permanente de la vitesse d’accès à la bonne information : ergonomies améliorées, moteurs de recherche plus pertinents, navigateurs web plus efficaces.

De ce point de vue, l’iphone a incontestablement changé la façon de concevoir la navigation web sur un téléphone et il a probablement constitué le chainon qui manquait jusque là pour faire véritablement décoller le marché (et d’ailleurs 70% des visites web mobiles en France proviennent d’Iphone/Ipod Touch). La navigation tactile et la taille d’écran proposées constituent maintenant des standards pour les concurrents tels les systèmes compatibles Android et autre Winphones.

Le web mobile n’est encore peu de chose (2.5% des visites d’après StatCounter ) mais sa part de marché par rapport à l’ensemble des visites a été multiplié par 4 en un an et demi ! Et au regard des évolutions notées plus haut, ça n’a pas fini de grimper…

5 moyens de se débarrasser de la dette publique

Le 1 mars 2010 par JB Boisseau

 Adam Smith disait en son temps : « À un certain niveau d’accumulation des dettes nationales, il n’y a guère d’exemple, je crois, qu’elles aient été loyalement et complètement payées ». L’histoire sur ce point comme sur bien d’autres n’a cessé de lui donner raison.

Or, après la crise immobilière, après la crise bancaire, après la crise économique, voici semble-t-il venu le temps de la crise de la dette publique. C’est aujourd’hui le cas grec qui fait la une, mais nombre d’états supposés plus respectables sont dans de bien pires situations : qui parlait de la dette islandaise avant que son château de cartes bancaire ne s’effondre, qui rappelle aujourd’hui que la dette publique japonaise représente plus de 2 fois son PIB, qui sera prêt demain à remettre en cause l’absurde note AAA de la dette américaine ?

Ce spectre de la dette qui pèse sur nous depuis si longtemps a pourtant plusieurs remèdes historiques, très rarement rappelés par les économistes, parmi lesquels il faudra choisir

1- L’inflation

Plus l’inflation s’élève, plus une dette contractée plus tôt devient simple à rembourser. Avec une inflation de 10%, des revenus de 1000€ passe à 1100€ et des dépenses de 900€ passent à 990€. Si vous deviez rembourser 100€ par mois à votre banque, il vous restera 10€, là où il nous vous restait rien auparavant.

Pour un état, c’est pareil : l’inflation diminue le poids relatif des dettes antérieures (ex : les Etats-Unis en 1947). Certaines politiques économiques et monétaires peuvent largement influer sur cette inflation. Plusieurs économistes comme Jean-Paul Fitoussi y pensent d’ailleurs de plus en plus fort.

Le problème de l’inflation, c’est quand on ne la maîtrise plus : les gens perdent confiance dans la valeur de la monnaie, ce qui transforme l’inflation en hyperinflation, ruine les épargnants et finit par bloquer complètement l’économie du pays (cf. Zimbabwe).

2- La planche à billets

C’est une solution simple : l’état fait imprimer les billets dont il a besoin pour payer ses créanciers. On parle de « monétisation » de la dette (la dette est remplacée par de la monnaie).

Plusieurs problèmes néanmoins à cette méthode radicale (mais utilisée en France pendant les 30 glorieuses) :

– créer de la monnaie sans création de valeur peut provoquer une accélération non maîtrisée de l’inflation (cf. plus haut les conséquences)

– si vous vous êtes endettés en dollars, imprimer des roubles ne vous servira à rien.

– les créanciers ont l’impression de se faire rouler, ils ont un peu raison

– cela dévalue mécaniquement la valeur de votre monnaie par rapport aux autres monnaies… pire, la valeur de votre monnaie peut devenir ridiculement basse sur les marchés internationaux parce qu’elle est alors attaquée par les investisseurs/spéculateurs qui perdent confiance dans votre manière de gérer votre monnaie.

– si vous êtes un pays de la zone euro, vous n’avez ni le pouvoir ni le droit de le faire

3- La renégociation de la dette

Cela consiste à aller voir ses créanciers et à leur expliquer que « bon voilà on ne pourra pas  payer, par contre comme on est sympa on veut bien payer une partie de ce qu’on doit ». Ca ressemble un peu à une faillite, ça ne fait pas plaisir aux créanciers en question, mais ça marche (cf. le cas argentin).

4- L’excédent budgétaire

Une des rares méthodes envisagées par les économistes médiatisés… Si l’état dépense moins qu’il ne gagne, sa dette diminue. Pour passer d’un état de déficit (qui est la règle actuelle pour la plupart des états) à un état d’excédent, il faut réduire les dépenses et/ou augmenter les impôts… ce qui provoque mécaniquement moins de croissance (puisque moins de dépenses) et souvent une rechute pour des pays en sortie de crise.

Autant le dire tout de suite, cette méthode seule n’a aucune chance de fonctionner étant donnée les niveaux d’endettement et de croissance de la plupart des pays occidentaux.

5-Le miracle

Il est possible que certains pays s’en sortent par des miracles plus ou moins provoqués : mettre la main sur des réserves de pétrole insoupçonnées (cf. Norvège, Canada), un miracle économique menant à un fort taux de croissance (diminuant le poids relatif de la dette), l’appropriation par l’état de ressources qui ne lui appartenaient pas jusque là (nationalisation forcée, guerre)…

Une fois que l’on a pris conscience de ces options et de leurs probabilités respectives, l’on comprend que les années qui viennent nous promettent bien plus de surprises encore que celles que nous venons de vivre. Mais j’y reviendrai probablement.