Google et les 6 cultures d’internet

Martin Lessard décrit dans un article brillant, les 6 cultures qui ont façonné l’internet que nous connaissons aujourd’hui. Je me permets de les reprendre ici afin de les rapprocher de la « culture Google » que je cite régulièrement comme « définition » du web 2.0.

1- la culture décentralisatrice
ARPANET, le grand ancêtre, a apporté un paradigme essentiel à la culture internet qui ne s’est jamais démenti : la décentralisation du réseau. Tous les noeuds et toutes les routes ont (quasiment) la même valeur et aucun centre névralgique n’est nécessaire au fonctionnement de l’ensemble.

2- la culture scientifique
Ce sont des scientifiques qui ont développé HTTP et HTML pour leur besoins propres. Ils ont véhiculé avec ces outils leurs valeurs de partage sans réserve de l’information. Ces valeurs restent terriblement d’actualité à ce jour.

3- la culture « hackers »
La plupart des programmeurs et bidouilleurs des années 90 qui se sont lancés dans l’internet avaient fondamentalement la culture du logiciel libre : et ce n’est pas un hasard si Linux, Apache, Perl puis PHP ont à ce point dominé les infrastructures web.

4- la culture communautaire
Les premiers non techniciens à s’être appropriés internet sont tous ces groupes plus ou moins formels qui avaient besoin de communiquer librement sur leurs diverses passions : les étudiants, les clubs et autres hobbyistes ont répandu la culture du forum, du BBS et du newsgroup.

5- la culture start-up
Quand internet est devenu le nouvel eldorado, la culture des entrepreneurs fous, visionnaires et aventureux a envahi la toile : avec eux, la promotion des évolutions rapides, de l’innovation à tout prix mais aussi des dollars vite faits.

6- la culture blog
Nous voilà à l’ère du blog et du « we, the media ». Aux cultures précédentes, toujours présentes, viennent se mêler celles des faiseurs d’opinion : tout devient blogable, discutable, tagable, votable ouvertement et sans langue de bois.

Ce qui m’a surpris dans cet article, outre sa pertinence, c’est à quel point Google est imprégné de ces différentes cultures.

1- la décentralisation :
Google a été la première entreprise du web à déployer un grand nombre de machines à bas coût pour supporter son infrastructure plutôt que d’investir dans quelques serveurs puissants. Ce choix décisif a permis à Google d’abaisser considérablement ses coûts tout en améliorant sa disponibilité globale.

2- la science :
Sergei Brin et Larry Page sont des scientifiques avant d’être des programmeurs : c’est d’ailleurs un algorithme et non un programme qui est à la base de leur succès. Depuis, Google est resté proche des universités et des universitaires. On ne s’étonnera donc pas de trouver Vinton Cerf, symbole de ces scientifiques qui ont fait d’ Internet ce qu’il est, parmi les effectifs de Google.

3- l’open-source :
On pourrait bien sûr parler du Google Summer of Code ou de Google Hosting mais ce n’est pas là le plus significatif. L’infrastructure de Google repose là encore sur de l’open-source : les outils libres sont seulement utilisés mais aussi et surtout bidouillés pour en faire une part importante du savoir-faire actuel de la société. Et si l’on a su attirer Guido Van Rossum (entre autres), c’est probablement que l’on a esprit du libre.

4- l’esprit communautaire :
Si Google ne s’est jamais imposé sur le marché des communautés, il a su s’appuyer sur elles pour utiliser comme personne le marketing viral.

5- l’entreprenariat :
C’est une valeur de bien des start-up perdent en grandissant que Google semble avoir su garder jusque là : en encourageant l’initiative personnelle avec les fameux 20% de temps libre et gardant des équipes réduites et relativement autonomes sur une multitude de petits projets.

6- l’esprit blogueur :
Si la société entretient bien le secret, elle n’utilise pas la langue de bois quand elle s’exprime : que ce soit lors d’une introduction en bourse peu conventionnelle, sur la délicate affaire Gu ge ou dans ses messages d’avertissements (« attention, ceci n’est pas le charabia habituel » ai-je pu lire un jour sur les conditions d’utilisation d’un de leur service), Google nous parle simplement et franchement sans que cela ne sonne faux.

Google, en incarnant ainsi toutes les cultures du web, a intrinsèquement un coup d’avance sur tous ses concurrents… sauf peut-être sur un point : l’exploitation de la culture communautaire que bien peu de monde avait vu venir avant le triomphe de MySpace.