What is web 2.0, un an après : les prophéties d’O’Reilly au révélateur de l’actualité

Cela fait désormais à peu près un an que le bon Tim nous a légué ce joli morceau qu’est « what is web 2.0 » : une leçon de clairvoyance au pays des marketeux et autres chercheurs de tendance en mal de nouveaux labels.
Si vous trainez ici, c’est que vous connaissez déjà probablement ses 7 grandes leçons… mais avez-vous pris le temps de regarder le chemin qu’avait parcouru notre (déjà) vieux web vers la terre promise ? Non ? Alors, posez votre bâton de pélerin et arrêtez-vous ici quelques instants…

Première leçon, probablement à la base de toutes les autres, « le web en tant que plate-forme » est une réalité que personne n’ose aujourd’hui contester tant les progrès accomplis sont flagrants :
– la promesse d’un webtop rendant le desktop obsolète se réalise peu à peu à travers des outils chaque jour plus nombreux mais aussi plus efficaces : messageries instantanées, traitements de texte, mails, tableurs…
– tous les services modernes en ligne sont désormais compatibles avec Firefox, affranchissant définitivement le web grand public de tout produit Microsoft (ie6 et Windows) ou d’une autre plate-forme technique d’accès au web.
– les connexions permanentes ont continué à se mutliplier et à les tuyaux nous reliant au réseau des réseaux ont encore grossi.

C’est au second point, « tirer parti de l’intelligence collective« , que le social web dont on vous a tant rabattu les oreilles entre en jeu. Le tagging est désormais partout, les systèmes de votes et les commentaires aussi. Le wiki n’est plus une blague mais un truc hype tandis que les réseaux et autres communautés se mettent à valoir de l’or.
Je dois dire que je suis réservé sur ce point : si Digg est une incontestable réussite, il est resté un service essentiellement consommé par les technophiles. De même les fameux Flickr et del.icio.us restent des produits de consommateurs avertis.
Seules exceptions : MySpace et YouTube mais qui ont marqué avant tout des points grâce à un marketing viral rarement vu à une telle échelle. D’ailleurs pour l’un et l’autre de ces services, l’intelligence collective n’est que très accessoire, c’est le bon vieil effet communautaire qui joue là avant tout.
Donc, rien de réellement révolutionnaire pour l’instant, et le web 2.0 cherche encore l’équivalent de ce que fut à son époque l’arrivée du PageRank.

Si l’on se souvient que « la puissance est dans les données« , alors on peut dire que le web continue à monter en puissance : nos vieilles mapemondes s’affinent à une vitesse impressionnante, les blogs fleurissent en même temps que leur contenu, des bases de données en tout genre deviennent disponibles… oui, ce nouveau paradigme était terriblement bien énoncé par O’Reilly et l’on sait désormais qu’il risque de se vérifier pour un bon bout de temps.

« La fin des cycles de release » n’a jamais été le point de l’article fondateur à m’avoir le plus emballé. Je suis personnellement las de toutes ces bêtas qui n’en finissent pas et si je suis un fervent de l’XP programming, je ne l’ai pas vu se répandre autant que cela semblait énoncé. Pour le moment, parmi les grands, seul Google et sa galaxie de produits semblent appliquer ses principes… les années à venir devraient néanmoins voir les autres migrer vers ce concept indiscutablement performant.

Qu’en est-il de ces « modèles de programmation légers » évoqués étant comme le nouveau modèle à suivre ? Difficile à dire… je crois néanmoins que là aussi, un certain nombre de progrès sont observables :
– REST qui prend de plus en plus le pas sur SOAP
– le phénomène Ruby (via RubyOnRails) qui rejoint les PHP et autres Python au royaume de la simplicité populaire et efficace.
– l’esprit « small is beautiful » (attention, c’est un ressenti 100% subjectif) qui règne sur la toile : SQLite ou LigHTTPD ne sont plus (disons plutôt moins) regardés de haut tandis que les Struts, et autres Oracle apparaissent de moins en moins comme les références incontournables pour tout « projet sérieux ».

Une partie essentielle pour moi, « le logiciel se libère du PC« , ne s’est pas encore réalisé comme je l’avais envisagé : le « mobtop » (le desktop sur téléphone portable) met du temps à se démocratiser tandis que la consommation du web par des appareils portables tels que l’Ipod reste limitée. D’importantes réserves de croissance à long terme du web (ou plutôt, d’internet en général) sont pourtant là. J’irais même jusqu’à dire que la massification de ce phénomène sera probablement à la base d’un prochain cycle de croissance.

Enfin, plus personne n’a besoin d’être convaincu des possibilités d' »enrichir les interfaces utilisateur« . Ajax et Flash ont l’un et l’autre continué à progresser pour offrir un confort d’utilisation sans commune mesure avec nos vieux sites 1.0. La marge de progression est néanmoins encore considérable et bien des défis restent à relever dans l’amélioration de l’expérience utilisateur web.

En résumé, une bonne partie du web 2.0 reste encore à construire : l’observation de la toile durant cette dernière année montre que la webosphère prend bel et bien le chemin indiqué par le prophètemais que la route semble encore longue, très longue même si l’on regarde tous ces dinosaures du monde applicatif qui n’ont pas encore bougé !