Yahoo – Microsoft : chronique d’un échec annoncé

Annoncé de longue date, le rapprochement Yahoo-Microsoft pourrait enfin se concrétiser. Face à cette OPA, je suis aussi dubitatif que le marché (qui a fait perdre quelques points à Microsoft après son annonce) : bien entendu dans un monde parfait, cette acquisition pourrait avoir du sens, mais si on s’en rapporte aux faits, c’est beaucoup plus délicat.

En effet, ce que l’histoire montre, c’est que les fusions/acquisitons de grande ampleur échouent dans 70% des cas : c’est à dire que les synérgies, économies d’échelles, retombées marketing tant vantées par les dirigeants au début de telles opérations ne sont que rarement au rendez-vous. Les faits nous enseignent donc d’être méfiants, puisque, sans a priori par rapport aux sociétés concernés, l’échec est l’issue la plus probable.

Pour affiner un peu le pronostic, il faut bien entendu, regarder ce qui fait que cela marche dans 30% des cas. Une dimension importante semble être la « proximité » des entreprises concernées, cette proximité s’entendant à la fois en termes :

– géographique, même si cela a bien entendu moins de poids dans le cas de multinationales

– métier, c’est à dire les produits, les technologies et les marchés

– culturel, la culture d’entreprise souvent mésestimée étant en réalité un facteur décisif

Malheureusement pour les principaux intéressés, il y a problème sur tous ces points. Microsoft reste une société dont le métier est le logiciel de bureau malgré toutes ses tentatives pour passer au web. La seule véritable réussite de Microsoft liée à Internet, c’est le chat… grâce à un logiciel de bureau, MSN Messenger. Pire : quand on sait sur quel tas d’or Microsoft est assis grâce à sa maîtrise du marché, on bien du mal à voir comment son métier et sa culture pourraient changer ! En tout cas, je vois mal Ray Ozzie pouvoir faire quelque chose à cela… et je l’ai dit il y a bien longtemps !

De l’autre côté, Yahoo! est une société en perte de repères, qui multiplie les acquisitions, qui ouvre et ferme des services chaque semaine mais qui peine à trouver une véritable identité. Le petit portail sympa qui vous ouvrait les portes d’internet comme autant de nouveaux espaces de liberté portait bien son nom : « Yahoo ! », c’est pour ma part ce que je m’écriais lors de mes premiers clics sur la toile. Depuis, la bête a (trop) vite grossi et cherche à tout prix à se différencier de Google en trouvant le nouveau concept qui lui redonnera un rôle de leader. Et malgré toutes les qualités qu’a encore la société (par exemple sa domination du marché du webmail), il me paraît difficile que Microsoft lui insuffle à nouveau cette identité qui lui manque tant.

Question subsidiaire : pourquoi le cours de Google a-t-il baissé si fortement lors de cette annonce si la réussite de l’opération est à ce point douteuse ?

Réponse : la Booble explose, ça devait arriver, et tous les prétextes sont bons pour lui redonner un coup sur le tête mais ce ne sont sûrement pas les lecteurs coutumiers de ce blog qui en seront surpris