Pourquoi l’action Google reste un mauvais plan

Le fait marquant du jour, dans notre petite bulle 2.0, est probablement le « gap » de l’action Google qui grimpe de près de 20% suite à des résultats supérieurs aux attentes pour un premier trimestre que l’on prédit difficile pour l’économie américaine. Nous voilà donc maintenant à près de $540, soit loin de ma prédiction de la fourchette 400-450 pour décembre 2008… et malgré cela je persiste dans mes prévisions ! Simple mauvaise foi ? Pas seulement, explications.

Les fondamentaux de l’action Google restent les mêmes : une action qui ne vaut rien en termes de droits de vote (ce qui devrait entrainer une décote de 20% à 40% par rapport à une action classique), et une action qui ne vaut rien en dividende. Tout ce qu’on peut faire à l’heure sur l’action Google, c’est spéculer sur la croissance de la société et des dividendes qu’elle offrira à l’avenir… alors spéculons !

Le PER de 2008 d’après les données actuelles seraient de 539,9 (valeur de l’action le 19/04) sur 19,90 (prévision de bénéfice net par action 2008 réajustée d’UBS) soit : 27,1. Ce n’est certes pas aussi monstrueux que les niveaux touchés dans le délire de l’été 2007, mais ça reste très important. Et c’est surtout trop, étant donné les fondamentaux exposés plus haut. A moins que…

– …à moins que la croissance de la société et de ses bénéfices soient plus qu’exceptionnels. Exceptionnels, les résultats et la croissance de Google le sont, c’est incontestable. Mais est-ce assez pour justifier un tel PER ? Observons donc la croissance de Google et essayons d’en tirer quelques prévisions raisonnables à 3 ans.

Commençons par les revenus de Google, leur progression depuis 2002 forme une figure remarquable : en passant de 409% à 42% de croissance annuelle, ils montrent un relatif ralentissement même si ce chiffre reste excellent… si l’on développe un peu la courbe de l’évolution des revenus selon la tendance qui se dessine depuis quelques années, on obtiendrait pour 2011 environ 40 milliards de dollars. Le bénéfice net de Google semblant se stabiliser au fil des années à 25% des revenus, on obtiendrait donc 10 milliard de dollars à partager entre 330 millions d’actions (hytpothèse moyenne : on en est aujourd’hui à 315) soit environ $30 par action. En distribuant alors 25% des bénéfices (cas courant dans le secteur IT), le dividende par action serait de $7,5. Avec un cours compris entre 400 et 600, le rendement de l’action serait alors quelque part entre 1,25% et 1,88%. Quand on sait qu’IBM est à 1,28, Microsoft à 1,56 ou Intel à 2,12, c’est bien quelque part dans cette zone que nous devrions être.

L’achat Google est donc un pari très risqué à moyen terme pour un acheteur américain… mais c’est encore plus catastrophique pour l’investisseur européen ! En effet, ramenée en euros la croissance de Google n’a plus du tout le même aspect.

Année 2006 2007 2008
Bénéfices en $ 3 077 446 4 203 720 5 228 344
Cours €/$ 1,28 1,39 1,55
Bénéfices en € 2 404 255 3 024 259 3 373 125

Conclusion : même si Google peut devenir un jour une valeur défensive intéressante dans une économie américaine où un grand nombre de valeurs risquent de beaucoup souffrir, le cours reste encore très supérieur aux fondamentaux de l’action. Autant de raison de maintenir mon pronostic (fait alors que le cours était à 702) de 400-450 pour décembre.