De l’open-source à l’open-money

Dans ce blog, à la ligne éditoriale assez singulière, il est question pour l’essentiel de technologies web (on y traduisait par exemple « What is web 2.0 » en décembre 2005) et d’économie (on y annonçait le scénario de la crise actuelle dès février 2007). Rares sont les moments où ces deux sujets s’entrechoquent comme dans le post d’aujourd’hui.

openmoney

L’open-source est un mouvement définitivement lié à l’histoire du web. Le principe est simple : en mettant à disposition des logiciels dont le code source est ouvert et librement redistribuable, on crée un écosystème bien plus riche en innovation qu’avec des logiciels fermés. En effet, tout comme dans le monde scientifique, il est possible aux développeurs de s’appuyer directement sur les travaux de leurs confrères pour créer de nouvelles briques logicielles ou pour améliorer celles qui existent. Ce processus fait potentiellement d’eux -selon l’adage de Newton- « des nains sur des épaules de géants ».

Les technologies web fondatrices (HTTP, HTML) sont ouvertes, et pour cause, elles viennent du CERN, un des temples de la science moderne. Et depuis son acte de naissance, le web n’a cessé de se développer, en largant ses concurrents fermés les uns après les autres, à l’aide de technologies toutes aussi ouvertes : Linux, BSD, Apache, MySQL, PHP, Perl sont autant d’exemples de logiciels qui ont imposé leur empreinte sur le web et contribué à son essor. Un rapide coup d’oeil sur les enquêtes Netcraft montre que c’est toujours le cas.

A l’heure de la crise, le mouvement open-money propose une approche au moins aussi stimulante de l’économie que l’open-source l’est pour le monde du logiciel. L’open money, c’est la « libération » des moyens de paiement. Nos monnaies actuelles sont en effet en un sens des systèmes propriétaires : l’euro et le dollar sont gérés par des banques centrales qui décident de leur mode d’émission tout en se faisant rémunérer pour leur mise à disposition aux banques commerciales. Ces dernières redistribuent ces liquidités (avec effet de levier grâce aux mécanismes de l’argent scriptural et des taux de réserves obligatoires) aux agents économiques. Deux agents économiques voulant commercer avec de l’euro ou du dollar doivent donc nécessairement faire appel à un système commercial extérieur sur lequel ils n’ont aucun contrôle. Par ailleurs, le monopole -de l’euro par exemple- d’une monnaie sur une zone donnée oblige les agents économiques à l’utiliser de fait…à moins de faire du troc !

Le système monétaire classique est donc bel et bien verrouillé comme l’est, dans un autre genre, un logiciel propriétaire. Partant de ce constat, l’open money reprend l’héritage des LETS (Local Exchange Trading Systems, en français SEL pour Systèmes d’échanges locaux) pour proposer des circuits monétaires alternatifs « libres » : il s’agit d’implanter au sein d’une communauté donnée une ou plusieurs monnaies que les membres gèrent directement. Les échanges entre membres ne sont dès lors plus soumis à des conditions extérieures à la communauté telle que la quantité et la qualité de la monnaie en circulation.

Bien entendu, tout comme le développement open-source exige certaines bonnes pratiques pour être efficient, il est nécessaire que ces « monnaies libres » ainsi que les communautés qui les utilisent aient des règles de fonctionnement efficaces. Or, comme le montre le faible développement des LETS jusqu’à présent (malgré un certain âge et un nombre d’initiatives assez important), ces règles sont très loin d’aller de soi… d’où la pertinence des recherches menées par les membres de l’open money sur le sujet !