5 moyens de se débarrasser de la dette publique

 Adam Smith disait en son temps : « À un certain niveau d’accumulation des dettes nationales, il n’y a guère d’exemple, je crois, qu’elles aient été loyalement et complètement payées ». L’histoire sur ce point comme sur bien d’autres n’a cessé de lui donner raison.

Or, après la crise immobilière, après la crise bancaire, après la crise économique, voici semble-t-il venu le temps de la crise de la dette publique. C’est aujourd’hui le cas grec qui fait la une, mais nombre d’états supposés plus respectables sont dans de bien pires situations : qui parlait de la dette islandaise avant que son château de cartes bancaire ne s’effondre, qui rappelle aujourd’hui que la dette publique japonaise représente plus de 2 fois son PIB, qui sera prêt demain à remettre en cause l’absurde note AAA de la dette américaine ?

Ce spectre de la dette qui pèse sur nous depuis si longtemps a pourtant plusieurs remèdes historiques, très rarement rappelés par les économistes, parmi lesquels il faudra choisir

1- L’inflation

Plus l’inflation s’élève, plus une dette contractée plus tôt devient simple à rembourser. Avec une inflation de 10%, des revenus de 1000€ passe à 1100€ et des dépenses de 900€ passent à 990€. Si vous deviez rembourser 100€ par mois à votre banque, il vous restera 10€, là où il nous vous restait rien auparavant.

Pour un état, c’est pareil : l’inflation diminue le poids relatif des dettes antérieures (ex : les Etats-Unis en 1947). Certaines politiques économiques et monétaires peuvent largement influer sur cette inflation. Plusieurs économistes comme Jean-Paul Fitoussi y pensent d’ailleurs de plus en plus fort.

Le problème de l’inflation, c’est quand on ne la maîtrise plus : les gens perdent confiance dans la valeur de la monnaie, ce qui transforme l’inflation en hyperinflation, ruine les épargnants et finit par bloquer complètement l’économie du pays (cf. Zimbabwe).

2- La planche à billets

C’est une solution simple : l’état fait imprimer les billets dont il a besoin pour payer ses créanciers. On parle de « monétisation » de la dette (la dette est remplacée par de la monnaie).

Plusieurs problèmes néanmoins à cette méthode radicale (mais utilisée en France pendant les 30 glorieuses) :

– créer de la monnaie sans création de valeur peut provoquer une accélération non maîtrisée de l’inflation (cf. plus haut les conséquences)

– si vous vous êtes endettés en dollars, imprimer des roubles ne vous servira à rien.

– les créanciers ont l’impression de se faire rouler, ils ont un peu raison

– cela dévalue mécaniquement la valeur de votre monnaie par rapport aux autres monnaies… pire, la valeur de votre monnaie peut devenir ridiculement basse sur les marchés internationaux parce qu’elle est alors attaquée par les investisseurs/spéculateurs qui perdent confiance dans votre manière de gérer votre monnaie.

– si vous êtes un pays de la zone euro, vous n’avez ni le pouvoir ni le droit de le faire

3- La renégociation de la dette

Cela consiste à aller voir ses créanciers et à leur expliquer que « bon voilà on ne pourra pas  payer, par contre comme on est sympa on veut bien payer une partie de ce qu’on doit ». Ca ressemble un peu à une faillite, ça ne fait pas plaisir aux créanciers en question, mais ça marche (cf. le cas argentin).

4- L’excédent budgétaire

Une des rares méthodes envisagées par les économistes médiatisés… Si l’état dépense moins qu’il ne gagne, sa dette diminue. Pour passer d’un état de déficit (qui est la règle actuelle pour la plupart des états) à un état d’excédent, il faut réduire les dépenses et/ou augmenter les impôts… ce qui provoque mécaniquement moins de croissance (puisque moins de dépenses) et souvent une rechute pour des pays en sortie de crise.

Autant le dire tout de suite, cette méthode seule n’a aucune chance de fonctionner étant donnée les niveaux d’endettement et de croissance de la plupart des pays occidentaux.

5-Le miracle

Il est possible que certains pays s’en sortent par des miracles plus ou moins provoqués : mettre la main sur des réserves de pétrole insoupçonnées (cf. Norvège, Canada), un miracle économique menant à un fort taux de croissance (diminuant le poids relatif de la dette), l’appropriation par l’état de ressources qui ne lui appartenaient pas jusque là (nationalisation forcée, guerre)…

Une fois que l’on a pris conscience de ces options et de leurs probabilités respectives, l’on comprend que les années qui viennent nous promettent bien plus de surprises encore que celles que nous venons de vivre. Mais j’y reviendrai probablement.