Bilans, prévisions et autres joyeusetés

Le 31 décembre 2007 par JB Boisseau

J’adore jouer les madame Irma du web et raconter ici ce qui peut se passer demain sur la toile. Comme les prévisions sont faites pour être démenties, regardons un peu ce qu’il est advenu de celles faites par votre serviteur :

1- la chute de l’action Google

Prédite le 11 novembre, la chute annoncée ne s’est pour le moment pas produite. La course en avant a par contre été stoppée et le cours semble désormais s’inscrire dans un canal légèrement descendant. Je disais le premier mai 2006 de l’action que le cours me semblait un peu surévalué : il était alors de 418 dollars ! Je disais dans le même article que la valeur de rachat de Skype me paraissait trop élevée : les dirigeants d’eBay m’ont donné raison cet été sur le sujet… c’est déjà ça ! Plus sérieusement, je vois bien le cours de Google finir l’année 2008 autour entre 400 et 450 dollars (on en est à 702 aujourd’hui), et c’est d’ailleurs directement en lien avec la prédiction suivante.

2- le krach 2.0

Evoqué en février 2007, avant même le frisson asiatique de mars, et bien avant les sueurs froides américaines de l’été, le krach n’a pas eu lieu. J’avais dit début août que l’on y verrait plus clair en septembre : en réalité, la baisse brutale des taux directeurs par la Fed a plutôt brouillé les cartes qu’éclaircit quoi que ce soit ! Là encore, la prédiction (qui donnait en février 18 mois au crack pour se produire) n’est pas encore arrivée à échéance. Concrètement, ça pourrait donner une récession aux Etats-Unis au premier semestre et une baisse continue des indices boursiers sur 2008.

3- les prédictions relatives aux RIA

J’ai prédit bien des choses concernant les RIA, notamment le fait qu’elles seraient la technologie majeure de demain ou encore leur convergence progressive. Voilà une prédiction à la fois difficile à vérifier et dont l’échelle temporelle dépasse largement ma pauvre mémoire. Les RIA étant encore dans leur phase d’émergence, je me garderais de pronostics chocs sur le sujet… mais vous renvoie pour cela vers l’excellent Universal Desktop qui traite à merveille de la question.

Globalement, je crois que 2008 va marquer le début d’une nouvelle mutation pour le web, un peu à la manière de la funeste année 2001. Les difficultés économiques seront l’occasion de mettre en valeur les modèles qui fonctionnent et d’éliminer les autres : accrochez-vous !

Le fabuleux monde d’EcmaScript

Le 18 décembre 2007 par JB Boisseau

Inutile pour moi de revenir sur la toute-puissance acquise par Javascript, ou plus précisément Ecmascript, dans l’univers du web depuis environ 3 ans. Ceci dit, aussi incontourable qu’elle soit, cette techno reste largement en friche et les meilleurs hackers n’en finissent pas d’y découvrir de nouveaux terrains d’investigation. Actuellement, en préparation d’un dossier pour le magazine Programmez! sur le futur de Javascript, je me suis replongé dans les billets de John Resig et y ai retrouvé avec plaisir le schéma suivant :

schema ecmascript

Indigeste au premier abord, il permettra au lecteur attentif d’y discerner la complexité mais aussi l’omniprésence d’Ecmascript : multiplicité des implémentations (Javascript, JScript, Actionscript…), des moteurs d’execution (SpiderMonkey, JSCore, le framework .NET, Rhino…), des applications (navigateurs web, plug-in navigateur, serveurs d’application, runtimes RIA…). Voilà en tout cas une “mind-map” qu’il faudra bien connaître à l’avenir, en particulier avec l’arrivée d’EcmaScript4 et d’HTML5 !

Cet univers par ailleurs est si “touffu” que John lance un appel à contribution afin de réparer ses éventuels oublis (WPF me semble manquer par exemple)… alors, vous voyez quelque chose à ajouter ?

Facebook ou comment gagner sans innover

Le 16 novembre 2007 par JB Boisseau

Facebook est une magnifique leçon d’entreprenariat : une application sans réelle innovation technique, sans nouveauté d’un point de vue conceptuel met tous ses adversaires KO les uns après les autres. Comment ? En faisant les choses mieux que les autres : en ayant une interface soignée, en ayant la bonne fonctionnalité au bon endroit et en exploitant un filon ayant un avenir : le “social web”.

Facebook était pourtant loin d’être le premier sur le créneau du réseau social, mais Mark Zuckerberg a eu ce qu’il fallait :

1- un produit bien réalisé (en tout cas, bien mieux que la concurrence) qui répond au besoin fondamental des internautes d’”exister” au sein d’une communauté

2- le filon viral mieux exploité que personne (par exemple, en allant cherchez dans vos contacts mail les gens que vous pourriez inviter ou recontrer dans Facebook)

3- un brin de chance pour passer un certain seuil de popularité et devenir le “hype” du moment

4- des utilisateurs écoutés et exploités avec les applications Facebook

5- la vente au meilleur moment d’une part minime du capital à Microsoft pour engranger un peu - beaucoup - de cash

Mais Facebook me donne un peu l’impression d’être une coquille vide pour le moment : oui, il y a un tas d’utilisateurs, oui on peut faire un tas de choses dedans… il n’y a cependant rien qui fasse de cette application un truc dont ne peut plus se passer.

Malgré cette appréciation personnelle très subjective, je me rends bien compte qu’il y a véritablement un certain nombre de “Facebook-addicted” : s’agit-il donc d’un simple phénomène de mode (à la Twitter) ou d’un vrai produit du paysage du web de demain ? Je n’ai pas encore d’avis tranché sur la question, mais il est heureux qu’il existe des gens comme Fred Cavazza pour jeter un gros pavé dans cette marre idolâtre.

Et vous, vous le voyez comment ce futur ?

Bubble + Google = Booble

Le 11 novembre 2007 par JB Boisseau

Google est beau. Google est gentil. Google est grand.

Oui, nous sommes d’accord, l’histoire de Larry et Sergei est bien jolie, tout comme le fut, d’ailleurs, celle de Bill et Paul ou celle de Steve et Woz. Mais même si nous sommes tous de grands enfants, les belles histoires ne doivent pas nous empêcher de voir la réalité. Or cette réalité, quelle est-elle ?

Les annonces de Google font depuis longtemps un buzz incomparable, et souvent à juste titre. Mais Google, puisqu’il faut le rappeler, est encore essentiellement un moteur de recherche rémunéré par la publicité. Certes Google a écrasé le marché d’une manière assez impressionnante, mais jusqu’ici :

1- Google n’a pas su vendre de la publicité en dehors du net

2- Google n’a pas su vendre autre chose que de la pub sur le net

Google a beau avoir eu quasiment créé la vague web 2.0 (par ses innovations, par ses investissements), ça ne permet pas de s’extasier devant tout et n’importe quoi. Je suis par exemple assez réservé vis-à-vis d’Open Social : permettre à n’importe qui de trafiquer des données personnelles, j’ai du mal à trouver ça super. Et si Android est une initiative nettement plus intéressante, rien ne garantit que cette plate-forme mobile remportera une partie qui reste très disputée

Au final, Google, c’est pour le moment une grosse régie publicitaire dédiée au web et pleine de promesses technologiques, point. Et si on peut mettre beaucoup d’espoir dans l’avenir de cette société, rien ne justifie les niveaux délirants de son cours en bourse.

Introduit au cours de $85 en août 2004, celui-ci est passé de $485 le 16 août à $741 le 6 novembre tandis que certains se prenaient à imaginer un cours à $2000. Cela ne correspond évidemment pas du tout à l’évolution de la valeur réelle de la société et laisse franchement penser à une bonne grosse vieille bulle, une véritable “Booble” ! Ca parait d’autant plus évident lorsque l’on sait que toute OPA sur Google est vaine du fait de la nature des actions mises sur le marché (les fondateurs possèdent des golden shares leur assurant le contrôle quoi qu’il arrive) et que les bénéfices distribués, certes élevés, ne pourraient pas rentabiliser l’investissement dans les actions Google (comparativement à des placements sûrs), et ce même avec un super “goodwill”.

Le cours de Google a donc commencé sa grande glissade la semaine dernière, comme cela était prévisible (et avait été annoncé ici). Et c’est peut-être là une des première illustration du fameux krach 2.0, un krach au début duquel on se souviendra peut-être dans quelques années que Google et Apple pesaient 30% du NASDAQ…

Le futur du web selon Mozilla et John Resig

Le 12 octobre 2007 par JB Boisseau

Si vous êtes las des prophètes approximatifs du web 3.0 et des imprécateurs imprécis du web2, si le futur du web vous intéresse malgré tout, je ne saurai que trop vous recommander la lecture occasionnelle du blog du créateur de l’innovant jQuery, j’ai nommé John Resig.

Dans un récent billet, il expose les fonctionnalités futures de Firefox, qui malgré un comportement parfois pénible (lenteur, plantages, consommation de mémoire) comparativement à Safari et Opera, reste le navigateur leader en ce qui concerne les fonctionnalités et l’innovation. Ainsi, voir le futur de Firefox, c’est bien souvent voir avec quelques temps d’avance le futur du web. Et ce futur quel est-il ?

- des innovations graphiques : la possibilité d’embarquer du HTML au sein de balises SVG (ce qui démultipliera les possibilités graphiques des pages HTML+SVG), et surtout l’apparition de la “3D native” (c’est un raccourci, suivez le lien si la question vous intéresse) dans la toujours non-officielle et déjà populaire balise “canvas”.

- des innovations multimedia : apparition des balises “audio” et “video” selon les propositions du WHATWG pour HTML5.

- des possibilités d’utilisation offline… tentant de faire converger les solutions avancées par Mozilla, Google Gears et le WHATWG.

- des applications web déployables comme des applications desktop.

Le futur du web est plus prometteur que jamais, le tout sera d’être à la hauteur !