Facebook ou comment gagner sans innover

Le 16 November 2007 par JB Boisseau

Facebook est une magnifique leçon d’entreprenariat : une application sans réelle innovation technique, sans nouveauté d’un point de vue conceptuel met tous ses adversaires KO les uns après les autres. Comment ? En faisant les choses mieux que les autres : en ayant une interface soignée, en ayant la bonne fonctionnalité au bon endroit et en exploitant un filon ayant un avenir : le “social web”.

Facebook était pourtant loin d’être le premier sur le créneau du réseau social, mais Mark Zuckerberg a eu ce qu’il fallait :

1- un produit bien réalisé (en tout cas, bien mieux que la concurrence) qui répond au besoin fondamental des internautes d’”exister” au sein d’une communauté

2- le filon viral mieux exploité que personne (par exemple, en allant cherchez dans vos contacts mail les gens que vous pourriez inviter ou recontrer dans Facebook)

3- un brin de chance pour passer un certain seuil de popularité et devenir le “hype” du moment

4- des utilisateurs écoutés et exploités avec les applications Facebook

5- la vente au meilleur moment d’une part minime du capital à Microsoft pour engranger un peu - beaucoup - de cash

Mais Facebook me donne un peu l’impression d’être une coquille vide pour le moment : oui, il y a un tas d’utilisateurs, oui on peut faire un tas de choses dedans… il n’y a cependant rien qui fasse de cette application un truc dont ne peut plus se passer.

Malgré cette appréciation personnelle très subjective, je me rends bien compte qu’il y a véritablement un certain nombre de “Facebook-addicted” : s’agit-il donc d’un simple phénomène de mode (à la Twitter) ou d’un vrai produit du paysage du web de demain ? Je n’ai pas encore d’avis tranché sur la question, mais il est heureux qu’il existe des gens comme Fred Cavazza pour jeter un gros pavé dans cette marre idolâtre.

Et vous, vous le voyez comment ce futur ?

Bubble + Google = Booble

Le 11 November 2007 par JB Boisseau

Google est beau. Google est gentil. Google est grand.

Oui, nous sommes d’accord, l’histoire de Larry et Sergei est bien jolie, tout comme le fut, d’ailleurs, celle de Bill et Paul ou celle de Steve et Woz. Mais même si nous sommes tous de grands enfants, les belles histoires ne doivent pas nous empêcher de voir la réalité. Or cette réalité, quelle est-elle ?

Les annonces de Google font depuis longtemps un buzz incomparable, et souvent à juste titre. Mais Google, puisqu’il faut le rappeler, est encore essentiellement un moteur de recherche rémunéré par la publicité. Certes Google a écrasé le marché d’une manière assez impressionnante, mais jusqu’ici :

1- Google n’a pas su vendre de la publicité en dehors du net

2- Google n’a pas su vendre autre chose que de la pub sur le net

Google a beau avoir eu quasiment créé la vague web 2.0 (par ses innovations, par ses investissements), ça ne permet pas de s’extasier devant tout et n’importe quoi. Je suis par exemple assez réservé vis-à-vis d’Open Social : permettre à n’importe qui de trafiquer des données personnelles, j’ai du mal à trouver ça super. Et si Android est une initiative nettement plus intéressante, rien ne garantit que cette plate-forme mobile remportera une partie qui reste très disputée

Au final, Google, c’est pour le moment une grosse régie publicitaire dédiée au web et pleine de promesses technologiques, point. Et si on peut mettre beaucoup d’espoir dans l’avenir de cette société, rien ne justifie les niveaux délirants de son cours en bourse.

Introduit au cours de $85 en août 2004, celui-ci est passé de $485 le 16 août à $741 le 6 novembre tandis que certains se prenaient à imaginer un cours à $2000. Cela ne correspond évidemment pas du tout à l’évolution de la valeur réelle de la société et laisse franchement penser à une bonne grosse vieille bulle, une véritable “Booble” ! Ca parait d’autant plus évident lorsque l’on sait que toute OPA sur Google est vaine du fait de la nature des actions mises sur le marché (les fondateurs possèdent des golden shares leur assurant le contrôle quoi qu’il arrive) et que les bénéfices distribués, certes élevés, ne pourraient pas rentabiliser l’investissement dans les actions Google (comparativement à des placements sûrs), et ce même avec un super “goodwill”.

Le cours de Google a donc commencé sa grande glissade la semaine dernière, comme cela était prévisible (et avait été annoncé ici). Et c’est peut-être là une des première illustration du fameux krach 2.0, un krach au début duquel on se souviendra peut-être dans quelques années que Google et Apple pesaient 30% du NASDAQ…

Le futur du web selon Mozilla et John Resig

Le 12 October 2007 par JB Boisseau

Si vous êtes las des prophètes approximatifs du web 3.0 et des imprécateurs imprécis du web2, si le futur du web vous intéresse malgré tout, je ne saurai que trop vous recommander la lecture occasionnelle du blog du créateur de l’innovant jQuery, j’ai nommé John Resig.

Dans un récent billet, il expose les fonctionnalités futures de Firefox, qui malgré un comportement parfois pénible (lenteur, plantages, consommation de mémoire) comparativement à Safari et Opera, reste le navigateur leader en ce qui concerne les fonctionnalités et l’innovation. Ainsi, voir le futur de Firefox, c’est bien souvent voir avec quelques temps d’avance le futur du web. Et ce futur quel est-il ?

- des innovations graphiques : la possibilité d’embarquer du HTML au sein de balises SVG (ce qui démultipliera les possibilités graphiques des pages HTML+SVG), et surtout l’apparition de la “3D native” (c’est un raccourci, suivez le lien si la question vous intéresse) dans la toujours non-officielle et déjà populaire balise “canvas”.

- des innovations multimedia : apparition des balises “audio” et “video” selon les propositions du WHATWG pour HTML5.

- des possibilités d’utilisation offline… tentant de faire converger les solutions avancées par Mozilla, Google Gears et le WHATWG.

- des applications web déployables comme des applications desktop.

Le futur du web est plus prometteur que jamais, le tout sera d’être à la hauteur !

La course à la mobilité est bel et bien lancée

Le 10 October 2007 par JB Boisseau

“Dépasser le PC” : cela fait parti de ces paradigmes 2.0 qui ne se sont pas autant développés que ce qui avait été envisagé par O’Reilly. La faute probablement aux infrastructures : la connexion mobile pas chère, sans grande contrainte de données, n’existe en effet pas vraiment à ce jour. De même, les appareils conviviaux permettant la navigation et l’utilisation de services divers sur le web ne sont pas encore légion.

Mais l’iPhone semble avoir changé la donne : cet appareil sexy, convivial, résolument orienté web et poussé par une marque qui sait vendre mieux que quiconque était sans doute de détonnateur qu’il fallait pour faire bouger le marché. Depuis environ un an, on voit émerger ce qui pourrait débloquer le web sur mobile de sa situation actuelle :

- la convergence wifi-3G : les prix des connexions 3G baissent mais restent élevés tandis que les débits restent un peu décevants. La possibilité pour des mobiles d’utiliser wifi ou 3G dans un contexte donné permet de réduire assez significativement le problème.

- des mobiles mieux adaptés à la navigation : l’iPhone a marqué pas mal de points en terme d’ergonomie. Il est décrié par certains, immité par d’autres, mais il a au moins le mérite de relancer le débat et de pousser ingénieurs à être imaginatifs sur la question à l’avenir.

- des systèmes d’exploitation novateurs : là encore, l’OS de l’iPhone ouvre de nouvelles perspectives. Si bien qu’on parle désormais de nouveaux acteurs dans le domaine : Ubuntu (la distrib linux leader sur le poste client) qui a signé un partenariat avec Intel pour les dispostifs internets portables, mais aussi Google qui, d’après John Batelle, travaillerait sur le sujet depuis quelques temps.

- des navigateurs web adaptés : le Safari embarqué par l’iPhone est là aussi un bon exemple de ce qu’il faut faire en la matière. En face, ça bouge avec Deepfish de Microsoft, un éventuel Firefox pour mobile, Opera qui continue dans sa stratégie de développement “mobile”, mais aussi Flash Lite 3.

- du contenu et des services pour mobiles : tous les acteurs majeurs du web s’y sont mis ou s’y mettent désormais sérieusement. Dernier exemple en date : le rachat de Jaiku par Google.

Maintenant que toutes les briques sont en place, il ne manque plus qu’une chose : du temps, pour que le marché se développe puis murisse comme on l’attend depuis une dizaine d’années.

La mutation des dinosaures du web

Le 5 October 2007 par JB Boisseau

Ebay fait partie de ces dinosaures du web dont il est particulièrement intéressant de suivre les évolutions. L’achat de Skype à un prix déraisonnable fut ainsi par exemple le parfait exemple des excès du hype web2, dont Ebay paye aujourd’hui très cher les conséquences.

Mais Ebay fut aussi la première grosse société web 1.0 à être rentable grâce à une excellente stratégie (une interface réussie pour l’époque, un modèle économique efficace, une course à la taille critique bien menée) dès ses premiers mois d’existence. Ebay a été un des premiers mastodontes à investir dans la RIA afin d’améliorer encore son ergonomie et son intrusion dans la vie des utilisateurs. San Dimas, ce fameux projet, est donc désormais en beta publique et nous donne un premier aperçu de ce que pourrait être l’avenir du web.

Ebay continue donc sa mutation en matière d’interface et a pour cela certainement joué sur le bon cheval : Adobe AIR. Mais Ebay n’est pas seul dans cette aventure du passage dans le monde RIA. Google joue de son côté sur son propre produit, Gears, dont j’ai déjà dit beaucoup de bien et duquel j’attends avec impatience de voir ce qu’il donnera sur des produits tels que Gmail ou Google Docs. On peut parier que Microsoft utilisera, un jour ou l’autre, Silverlight et/ou WPF dans ses applications.

Mais qu’en sera-t-il par contre des Yahoo, Amazon et autres Myspace ? Sauront-il saisir les nouvelles opportunités du web lorsque la pression de la crise américaine à venir s’exercera sur eux et que la sélection économique naturelle accomplira son oeuvre ?